Loyer impayé : que faire, étape par étape

Le loyer n'est pas arrivé. Pas de panique, mais pas d'attente non plus : voici les étapes dans l'ordre, les délais que la loi impose et les erreurs qui font perdre des mois.

Publié le 23 octobre 2026 · 8 min de lecture · Vérifié le 23 octobre 2026

L'essentiel

  • Réagissez dès les premiers jours : une dette d'un mois se règle bien plus facilement qu'une dette de six.
  • Prévenez la caution, Visale ou votre assurance loyers impayés dès le premier impayé : chacun a ses propres délais de déclaration.
  • Le commandement de payer est délivré par un commissaire de justice. Il laisse au locataire six semaines pour payer (deux mois pour beaucoup de baux plus anciens).
  • Seul un juge peut mettre fin au bail et ordonner l'expulsion. Changer les serrures ou couper l'eau vous-même est un délit.
  • Aucune expulsion n'est possible pendant la trêve hivernale, du 1er novembre au 31 mars.

Un loyer en retard n'est pas encore un impayé grave. La plupart du temps, c'est un oubli, un virement mal programmé ou un souci passager. Mais chaque semaine compte : plus la dette grossit, plus elle est difficile à rembourser pour le locataire, et plus la procédure sera longue pour vous. La règle d'or est donc simple : agir tôt, par écrit, et dans l'ordre.

Schéma

La procédure, de la relance au jugement

  1. J + 5Relance amiableCourriel, SMS ou lettre simple
  2. J + 15Mise en demeureLettre recommandée avec accusé de réception
  3. J + 1 moisCommandement de payerPar un commissaire de justice
  4. + 6 semainesFin du délai pour payerDeux mois pour de nombreux baux antérieurs au 29 juillet 2023
  5. AssignationSaisine du jugeAudience 6 semaines plus tard au moins
  6. JugementDélais de paiement ou résiliation du bail
Les dates des trois premières étapes sont des repères conseillés : la loi ne les fixe pas. Les délais suivants sont légaux.

1. Relancer le locataire à l'amiable

Dès que le loyer a quelques jours de retard, contactez le locataire. Un appel ou un message suffit souvent, mais doublez-le d'un écrit (courriel ou lettre) : il datera votre démarche. Restez factuel : le montant dû, la date à laquelle il était attendu, la façon de vous payer.

Écoutez aussi ce que le locataire vous dit. Une perte d'emploi, une séparation, un retard de versement de l'aide au logement : si la difficulté est passagère, un plan d'apurement (un échéancier qui étale la dette) vaut souvent mieux qu'une procédure. Mettez-le par écrit, avec les montants et les dates de chaque versement, en plus du loyer courant.

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2. Prévenir la caution, Visale ou l'assurance

N'attendez pas la fin de la procédure pour activer vos garanties. Chacune a ses règles, et un retard de déclaration peut vous priver de remboursement.

  • Une caution personne physique (un parent, un ami) : si elle est solidaire, vous pouvez lui réclamer la somme dès le premier impayé, de préférence par lettre recommandée. Si elle est simple, vous devez d'abord poursuivre le locataire. Dans tous les cas, le commandement de payer doit lui être signifié dans les quinze jours qui suivent sa délivrance au locataire : sinon, elle ne doit pas les pénalités et intérêts de retard.
  • La garantie Visale : envoyez une mise en demeure au locataire par lettre recommandée avec accusé de réception dans les quinze jours qui suivent l'impayé, puis déclarez-le sur votre espace Visale dès que la dette dépasse un mois de loyer et charges (aide au logement déduite). Action Logement vous rembourse puis se retourne contre le locataire.
  • Une assurance loyers impayés : relisez votre contrat. Il fixe un délai de déclaration et la liste des pièces à fournir (bail, décompte, relances).

3. Envoyer une mise en demeure

Sans réponse ni paiement après la relance, envoyez une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception. C'est une demande officielle de payer dans un délai précis, par exemple huit jours. Elle n'a pas de forme imposée, mais indiquez :

  • le détail de la dette, mois par mois (loyer et charges) ;
  • le délai laissé pour payer ;
  • la suite si rien ne se passe : un commandement de payer par commissaire de justice ;
  • l'existence d'aides : le fonds de solidarité pour le logement (FSL) de son département, et le numéro gratuit SOS Loyers impayés (0 805 160 075).

4. Faire délivrer un commandement de payer

Si la mise en demeure reste sans effet, adressez-vous à un commissaire de justice (le nouveau nom des huissiers de justice). Il délivre au locataire un commandement de payer qui vise la clause résolutoire du bail : la clause qui prévoit que le bail prend fin automatiquement si la dette n'est pas réglée dans le délai. Depuis le 29 juillet 2023, cette clause est obligatoire dans tout nouveau bail d'habitation.

Schéma

Quel délai pour payer après le commandement ?

Bail signé depuis le 29 juillet 2023

  • 6 semaines pour régler toute la dette
  • Délai fixé par la loi du 27 juillet 2023
  • Selon l'ANIL, s'applique aussi aux baux reconduits ou renouvelés depuis cette date

Bail signé avant

  • Le délai prévu par la clause du bail continue de s'appliquer
  • En pratique, le plus souvent 2 mois
  • Position de la Cour de cassation (avis du 13 juin 2024)
En cas de doute sur la date ou la rédaction de votre bail, le commissaire de justice vous indiquera le délai à retenir.

Le commandement contient des mentions obligatoires : le délai pour payer, le décompte de la dette, le montant mensuel du loyer et des charges, l'adresse du FSL et la possibilité de demander des délais au juge. Le commissaire de justice le transmet aussi à la CCAPEX, la commission départementale de prévention des expulsions, quand la dette atteint certains seuils (deux mois d'impayés sans interruption, ou une dette égale à deux mois de loyer hors charges). Ce signalement permet au locataire d'être accompagné : ce n'est pas une sanction contre vous.

5. Saisir le juge

Si la dette n'est pas réglée à la fin du délai, le commissaire de justice assigne le locataire devant le juge des contentieux de la protection du tribunal dont dépend le logement. L'assignation est aussi transmise au préfet, et l'audience a lieu au moins six semaines plus tard. Un diagnostic social et financier du locataire est aussi réalisé. Quand le bailleur est un particulier ou une SCI familiale, la loi prévoit désormais qu'il soit lancé dès le commandement de payer, si l'impayé dure depuis deux mois ou atteint deux mois de loyer hors charges ; le décret qui l'organise date d'août 2026, vérifiez auprès de l'ADIL s'il s'applique déjà à votre dossier. Sinon, il est fait avant l'audience.

À l'audience, le juge peut accorder au locataire des délais de paiement, jusqu'à trois ans, à condition qu'il ait repris le paiement intégral du loyer courant avant l'audience et qu'il soit en mesure de rembourser. Pendant ces délais, les effets de la clause résolutoire peuvent être suspendus. Si l'échéancier est respecté, le bail continue ; s'il ne l'est pas, le bail est résilié et l'expulsion peut être poursuivie. Sans délais accordés, le juge constate la résiliation du bail et ordonne l'expulsion.

Après le jugement, le locataire reçoit un commandement de quitter les lieux, qui lui laisse en général deux mois. Il peut encore demander au juge de l'exécution un délai de un mois à un an. Le bail étant résilié, il ne paie plus un loyer mais une indemnité d'occupation, fixée par le juge. Si le locataire ne part pas, le commissaire de justice demande le concours de la force publique au préfet ; si celui-ci refuse, vous pouvez demander à l'État de vous indemniser.

Les bons réflexes pendant toute la procédure

  1. 01Tenir un décompte à jourChaque mois dû, chaque versement reçu, avec les dates. C'est la base de tout.
  2. 02Garder les preuvesCopies des relances, accusés de réception, échanges écrits avec le locataire.
  3. 03Accepter les versements partielsIls réduisent la dette. Remettez un reçu, jamais une quittance.
  4. 04Se renseigner gratuitementL'ADIL de votre département conseille les bailleurs sans frais.

Vous avez trois ans pour réclamer un loyer impayé : passé ce délai, la dette est prescrite. Mais n'attendez pas : plus la procédure commence tard, plus la dette s'accumule pendant les mois qu'elle dure. Si vous débutez, relisez aussi notre guide pour louer son logement la première fois : le choix du locataire et des garanties se fait avant la signature.

Questions fréquentes

Puis-je garder le dépôt de garantie pour couvrir les loyers impayés ?

Pas pendant le bail : le dépôt de garantie ne remplace pas un loyer, et le locataire ne peut pas non plus s'en servir pour payer son dernier mois. À la fin du bail, en revanche, vous pouvez déduire du dépôt les sommes restant dues, justificatifs à l'appui.

Puis-je facturer des pénalités de retard au locataire ?

Non. Pour les baux signés, renouvelés ou reconduits depuis le 27 mars 2014, il est interdit de facturer des frais ou pénalités de retard, ainsi que des frais de relance. Seuls les frais de la procédure judiciaire peuvent être mis à la charge du locataire, par décision du juge.

Le locataire paie une partie seulement. Dois-je refuser ?

Non, acceptez : chaque versement réduit la dette. Remettez-lui un reçu indiquant la somme reçue, et non une quittance, qui attesterait d'un paiement complet.

Combien de temps dure une procédure d'expulsion ?

Il n'y a pas de durée fixe : elle dépend du délai d'audience du tribunal, des délais accordés au locataire et de la trêve hivernale. Comptez plusieurs mois, souvent plus d'un an entre le premier impayé et une expulsion effective. D'où l'intérêt d'agir vite et de bien choisir ses garanties.

Sources

Ce guide donne une information générale ; il ne remplace pas le conseil d'un professionnel pour une situation particulière. L'ANIL et les ADIL répondent gratuitement aux questions des propriétaires.

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